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08/01/2010

Blue Brother... is watching you

2006-06-0139Marseillan.jpgJe précise : pour des raisons étroitement liées à la philosophie qui a par ailleurs donné naissance à ce blog, j'évite toujours soigneusement d'aller voir au cinéma les "grosses productions". L'idée d'aller là où tout le monde va me parait toujours en soi suspecte (sauf pour les WC). Et lorsqu'il m'arrive (très fréquent...) d'avoir à me justifier de ne pas aller voir le film que tout le monde va voir, cela m'amène toujours un malaise oppressant et débouche vite fait sur un mouvement d'humeur assez désagréable pour l'interlocuteur. Je suis libre, merde. Il y a plein de films à voir dont l'équilibre d'exploitation est complètement laminé par les grosses productions, merde. Les gros films privilégient les grosses salles et jouent donc un sale tour aux réseaux de diffusion indépendants par ailleurs vitaux pour les films qui le sont, m... Et puis j'ai raison, m...

Et voilà Avatar. "Quasiment" tout le monde en a dit du bien. "Quasiment" tout le monde y va.
J'y suis allé.

Fan de Cameron ? Pas du tout; j'ai tenu le cap de ne jamais voir Titanic ni aucune autre de ses oeuvres que je serais d'ailleurs incapable de citer. Un moment d'inattention ? Pas tout à fait: les visuels que j'avais aperçus m'avaient plus, et le petit bout d'histoire que j'avais entendu me paraissait attirant. Alors voilà: pour une fois, j'avais envie de me laisser tenter.

J'avoue que je n'ai pas été déçu, et que j'ai du mal à me retrouver dans ce que j'ai entendu de certains chroniqueurs qui, pour la bonne mesure, ont cherché au milieu des éloges à trouver quelques défauts à ce film.

La pauvreté scénaristique ? Peut-être, mais n'est ce pas une critique déloyale ? Avatar est une fable de 20 minutes traversée de long en large par un film d'action qui dure 2h40. Perfection des plans, et dégustation des possibilités technologiques: la "caméra" s'attarde sur un insecte qui descend le long d'un tronc, sur des petites méduses délicates et lumineuses qui caressent les personnages dans la forêt... doit-on repousser la réelle poésie qui s'en dégage ? Oui, de tels univers existent dans la culture "fantasy"; des animaux extraordinaires et des montagnes flottantes peuplent des bédés inventives, qu'Avatar ne fait effectivement que reprendre. On pourrait aussi identifier des parallèles avec « Nausicaä de la vallée du vent » d'Hayao Miyazaki. Bref: tout cela vit, avec un réalisme bluffant.

Et puis il y a ce "peuple", dont la planète est envahie par les humains, et dont on suit le point de vue: Cameron a construit une civilisation raffinée, habillée de primitivisme-aux-yeux-des-humains-dont-les-yeux-sont-encrottés, et qui reprend de-ci, de-là des éléments aux civilisations que l'Occident a déjà détruites (et continue de détruire) sur Terre sans les comprendre, massivement. On peut dire: classique, bateau, déjà fait mille fois... Oui, sans doute, mais pas si fréquemment, pas sur un aussi "gros" film.

Et la fable ? Une histoire simple, pas trop manichéenne malgré les caricatures qu'elle instrumente, finement construite, rythmée, mise en dialogue. Qui dégomme frontalement les discours sécuritaires, l'idéologie ultra-rationaliste et simplificatrice, l'humano-centrisme. Depuis combien de temps Hollywood avait-elle mis une telle machinerie technologique et marketing au service d'un tel discours, au-delà du bien-penser écolo, et en glissant suffisamment de maitrise pour incarner une alterité à l'homme occidental et à "son projet" ?

Pour finir*, il y a quelque chose de frappant dans l'attention qu'éveille ce film en utilisant les yeux des personnages: premier plan du film sur un oeil, dernier plan sur un oeil; et régulièrement, ils sont au centre de l'image, très expressifs. Façon de prendre à témoin le spectateur face aux enjeux: là encore, cela pourrait-être grossier, simpliste: mais cela reste léger, maitrisé, doux. Clin d'oeil. "Je te vois", disent-ils.

Certaines portes sont suspectes. Mais il ne faut pas renoncer systématiquement à les ouvrir.
Ceci dit, je maintiens: il y a d'autres films à voir.

* je ne m'attarderai hélas pas ici sur la prolifération mammaire constatable dans ce film sous formes d'adorables petis seins bleus (qui renvoient définitivement la schtroumfette de Peyo à la préhistoire de l'érotisme et de la désirabilité). Là aussi Hollywood ne nous a pas non plus très habitués à ça...

 

Publié dans Hérault | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : big brother, blue brother | |  Facebook

Commentaires

C'est vraiment très agréable que les portes ne soient plus muettes. (Bon, moi non plus je n'ai pas vu Titanic, moi aussi je suis libre merde)

Écrit par : Sophie | 10/01/2010

AH! je te reconnais bien là !

Écrit par : Thomas P | 11/01/2010

Les commentaires sont fermés.