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04/02/2016

Ce couple

Ce couple, ce maudit couple, est venu s'abriter un soir de pluie dans le temple. Cela arrive souvent et je n'ai pas l'habitude de m'en formaliser car qui sait si deux qui entrent par accident ne recevront pas dans le Lieu Saint le signe dont ils ne se savaient pas en quête? Qui peut juger de ce qui guide les pas des hommes aveugles? J'ai bien vu que ceux-ci n'étaient pas des croyants; ils n'avaient ébauché aucun geste rituel en entrant ni en s'avançant vers le chœur, mais leur expression était assez recueillie et, événement assez rare, ils s'intéressaient à l'aspect de l'édifice. L'homme montrait à sa compagne notre plafond dont la teneur religieuse malheureusement m'a toujours paru douteuse, mais qui est probablement une grande oeuvre d'art. Je les voyais bien puisque je me tenais à la tribune; je venais de quitter l'orgue. Eux ignoraient ma présence car j'étais dans l'ombre au-dessus d'eux et retenu de me manifester par un désir de discrétion dont je me suis repenti toujours. Ils ont fait le tour de la nef à pas lents, parlant à mi-voix, et de temps à autre levant les yeux vers la voûte. La femme, qui me paraissait extrêmement jeune, tenait ses bras repliés et serrés contre elle et parfois frissonnait. On entendait des paquets de pluie crépiter contre les verrières. Un instant ils disparurent à ma vue en s'avançant sous la tribune. Je croyais qu'ils allaient sortir et attendais pour me mettre en mouvement que le panneau de la porte capitonnée résonne en retombant quand de nouveau leurs pas retentirent.

Léo Barthe, Chroniques scandaleuses de Terrèbre

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