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13/09/2015

Sirocco

Je sors. Il n'y a guère d'étoiles, mais on dirait qu'elles sont en feu.. Il se passe quelque chose. Je prends une lampe torche et monte jusqu'en haut de la tour. Pour comprendre, la lanterne sera le plus parfait des observatoires. Je m'assois sous la lampe tournante, afin de ne pas  être gêné par elle, et j'attends. Au bout de dix minutes, il y a un autre coup, mais beaucoup plus fort. Un oiseau s'est écrasé contre les vitres, j'ai à peine le temps de voir la masse sombre s'amollir et tomber. Il est de la grosseur d'un étourneau. Dans l'heure qui suit, il en arrive un second, mais je n'en devine pas la taille. Ce sont, à coup sûr, des oiseaux migrateurs épuisés, bernés par un mirage. Il ne peut s'agir d'oiseaux de l'île, car eux connaissent le phare.

Il parait que jadis, dans les phares, on se nourrissait des volatiles qui s'étaient fracassés contre les vitres de la lanterne. Au matin, on les ramassait, on les plumait et on les mettait de côté pour les périodes maigres. C'était, à ce qu'on dit, l'équivalent aéronautique du lamparo. Le phare attirait ces oiseaux comme le feu de résineux dans les barques attirait l'anchois commun en pleine migration. Mais cette fois, il ne s'agit pas du tout de cela. Sur le toit de l'édifice qui se trouve au-dessus de la tour, je n'ai vu aucune trace de plumes ni de squelettes. Peut-être les oiseaux parviennent-ils à reprendre connaissance et à repartir. La nuit, cependant, reste étrange. On a l'impression que l'île navigue. Et les oiseaux, comme les insectes, veulent échapper à quelque chose.

Je me mets au lit et sombre dans un sommeil brutal, pour ne pas dire violent, puis vers minuit, j'entends frapper fort à la porte. La voix du gardien de phare m'appelle pour sortir en mer. C'est curieux: un vent puissant s'est levé et je ne comprends pas comment on pourrait pêcher par une nuit aussi turbulente. Mais l'idée d'une nouvelle aventure, et dans le noir en plus, me met le diable au corps et je me vêts en toute hâte. Lorsque j'ouvre la porte donnant sur le couloir, je m'aperçois qu'il n'y a aucun bruit dans le phare et que personne n'est prêt à partir. La cuisine est plongée dans l’obscurité et le gardien et son second dorment du sommeil du juste. Je finis par comprendre. Le sirocco a commencé à souffler.

Paolo Rumiz, le phare, voyage immobile

Note: le phare ici décrit est un phare méditerranéen. Ci-dessous, il est breton.

phare, paolo rumiz

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