Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

23/05/2015

Un homme, du seul fait qu'il l'avait proféré, était obligé de croire au plus invraisemblable mensonge

Des citoyens d'une réputation irréprochable déposèrent qu'ils m'avaient vu prendre langue sur le ton le plus familier avec des cavaliers barbares lors de l'ouverture de la citadelle, site qui, selon leurs dires, m'était si bien connu que je m'y déplaçais comme chez moi, de sorte que j'avais naturellement pris la direction des opérations d'évacuation des morts. J'étais donc le seul susceptible d'avoir empoisonné les citernes, car, ainsi que l'exposa longuement l'un des officiers supérieurs présents, il allait de soi et il s'en portait garant, nul militaire n'aurait pu commettre une telle félonie. L'avocat de la défense prit le risque de déplaire en demandant à cet officier s'il était possible qu'un civil pénétrât dans l'enceinte de la citadelle. Il y eut un moment de gêne jusqu'à ce que le grand soldat optât pour un moyen terme: il fallait supposer que quelque jeune homme de troupe ait été leurré par de fallacieux discours au point d'ouvrir la porte à un pékin, se rendant ainsi complice, à son insu, d'un crime monstrueux. Je fus saisi par une pensée qui, naïf que j'étais, ne m'avait jamais effleuré. Un homme, du seul fait qu'il l'avait proféré, était obligé de croire au plus invraisemblable mensonge. Cet officier soutenait l'hypothèse la plus absurde qui puisse se concevoir avec une entière bonne foi.

La Barbarie, Jacques Abeille

IMG_6712.JPG

Publié dans Loire | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

Les commentaires sont fermés.