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29/08/2014

Il n'y eut jamais de procès

Catherine avait seulement cinq ans quand tout à coup son père fut rejeté hors de l'usine, c'est à dire hors de la vie. C'était en 1945. La guerre s'était passée bien tranquillement pour eux. Mais la Libération amena dans leur maison, un matin, un groupe furibond de maquisards et de poissardes qui tirèrent son père du lit et l'entrainèrent à la gendarmerie. On le menaça d'être fusillé. Il faut seulement battu, mais battu si fort qu'il en sortir paralysé des deux jambes. Il n'y eut jamais de procès tant l'affaire était embrouillée et louche. Mais plus tard, beaucoup plus tard, en vidant la maison de ses parents après leur mort, Catherine acquit la certitude sinon la preuve qu'il avait bel et bien passé toute la guerre à dénoncer des résistants dans la région (la ligne de démarcation passait à cinq kilomètres). Il avait envoyé à la mort un médecin du bourg, le cousin du propriétaire de l'usine et une châtelaine des environs qui passait tous les matins en voiture devant chez eux.

Sur le moment Catherine ne comprit rien. Elle vit seulement l'homme qu'elle embrassait chaque matin ramper devant la porte, couvert de crachats et de sang, et pleurer.

Jean-Christophe Rufin, La Salamandre

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