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28/05/2014

Il faut que ça change

"Maintenant, tout va changer", pensa t-il. Il défit le bouton de son col de chemise, prit son chapeau à la main, se mit à marcher plus vite en esquissant même un pas de danse, et se sentit heureux. Il arriva dans sa rue, fit un petit signe de tête aux enfants, se dirigea vers sa maison, monta l'escalier, prit ses clés dans sa pocher et ouvrit la porte de sa chambre.

Mais dans sa chambre tout était toujours pareil: une table, deux chaises, un lit. Il s'assit, entendit de nouveau le tic-tac, et toute sa joie s'envola, car rien n'avait changé.

Et l'homme fut saisi d'une grande fureur. Il vit, dans la glace, son visage devenir tout rouge et ses yeux se plisser; alors il serra ses poings convulsivement, les leva et les abattit sur la table, une fois, puis une autre, et puis il se mit à tambouriner en criant sans arrêt: "Il faut que ça change! Il faut que ça change!"

Du coup il n'entendait plus le réveil. Mais alors ses mains commencèrent à lui faire mal, la voix lui manqua, il entendit de nouveau le réveil et rien ne changea.

"Toujours la même table, dit l'homme, les mêmes chaises, et le lit, et le portrait. Et la table je l'appelle table, le portrait je l'appelle portrait, le lit se nomme lit et la chaise se nomme chaise. Au fait, pourquoi? En anglais on appelle le lit "bedde", la table "teîbel", le portrait "pictcheur" et la chaise "tchair", et on se comprend. Et les chinois aussi se comprennent."

"Pourquoi le lit ne s'appelle pas portrait?" se dit l'homme, et il sourit, puis il se mit à rire, et il rit, il rit tant et si bien que les voisins tapèrent contre le mur en criant "silence!".

"Maintenant ça change!" s'écria t-il, et désormais il appela le lit "portrait". "Je suis fatigué, je vais aller au portrait", disait-il, et souvent, le matin, il restait longtemps au portrait, se demandant comment il appellerait la chaise, et il nomma la chaise "le réveil".

Peter Bischel, Histoires enfantines

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