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26/04/2014

voici l'aube qui vient maintenant

Un jour enfin, le communiqué nous apporte la nouvelle que j'attends depuis si longtemps: St-Quentin vient d'être libéré!

St-Quentin, ou tout au moins, ses rues, ses places et ses ruines: car il y a plus de 18 mois que toute la population civile en a été entièrement déportée. Mais j'ai quand même droit à 48 heures de permission pour aller voir ce qui en reste, et j'en profite.

La voix ferrée a déjà été rétablie, et le train peut m'amener de nuit, tous feux éteints, jusqu'en gare même. La canonnade gronde, encore toute proche, les combats se poursuivent à quelques kilomètres. Dès la sortie de la gare, ma première impression est toute de soulagement: Qu'est-ce qu'on m'avait donc raconté, que la ville était rasée! Sous le ciel encore nocturne et lourd de pluie, je peux très bien reconnaitre les silhouettes des constructions familières. Mais voici l'aube qui vient maintenant, et, minute par minute, la lumière qui renaît, va me révéler la réalité et m'apporter une cruelle déception; comme si un visage connu se transformait peu à peu, sous mes yeux, en crâne vide.

Il ne reste en réalité guère que les murs: plus de portes, ni de fenêtres, les toits sont crevés, les trottoirs sont couverts de monceaux de décombres et de plâtras, et coupé tous les dix pas par des descentes directes vers les caves, seules pièces que l'armée allemande utilisait encore. On peut circuler assez facilement dans les rues, à condition de suivre une sorte de sentier qui serpente dans leur milieu, entre les tas de gravats.

Robert Trocmé, "4 ans, 11 mois, 11 jours"

Le court passage ci-dessus se situe à la fin de ce récit de la guerre de 14-18, vue par un lieutenant de l'armée française. Le fantôme de mon arrière-grand père chemine de chair et d'os, une plaisanterie au passage, parmi tant d'autres dans ce texte remarquablement écrit qui partage avec sincérité, pudeur, une inimaginable détermination.

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