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27/11/2012

et moi et moi

Petit à petit je progresse dans ma psychologie à moi. Des trucs qui me paraissaient autrefois incroyablement transgressifs me paraissent désormais couler de source. J'accepte les pots-de-vin. Je vous le dis avec la naturel d'un cochon biologique. Et donc ce jour me voilà faisant la publicité pétaradante d'une porte métallique ouvrant sur un lieu néoné dont l'occupante (à la tête d'une horde) m'a interpellé d'un "et moi et moi" indiscutable. Je promeus et décline toute reponsabilité. Je me permets tout et j'assume rien. Sauf: la prochaine fois, le pot-de-vin vaudra la peau du c... Non, non, non, je n'assume pas, tant d'années de finesse, et sombrer tout à coup, ce n'est pas possible. Je ne peux pas lâcher ma vocation, à deux doigts de l'angélisme consommé abouti qui m'était promis par, qui, je ne sais plus d'ailleurs. Allons, je laisse en pature ces quelques mots publicitaires de l'impétrante. Sachant que je vais maintenant me mobiliser pour la sauvegarde de ladite porte menacée.

/////   Porte ancienne, tout en fer
ouverture sur la lumière et l'espace du  bonheur de créer
a encore quelques mois à vivre, car sera remplacée au printemps prochain
se trouve dans une rue fabuleuse où les poètes ne manquent pas ////
 
 

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25/11/2012

Les rois ne touchent pas aux portes

Les rois ne touchent pas aux portes.

Ils ne connaissant pas ce bonheur : pousser devant soi avec douceur ou rudesse l'un de ces grands panneaux familiers, se retourner vers lui pour le remettre en place, — tenir dans ses bras une porte.

… Le bonheur d'empoigner au ventre par son noeud de porcelaine l'un de ces hauts obstacles d'une pièce ; ce corps à corps rapide par lequel un instant la marche retenue, l'oeil s'ouvre et le corps tout entier s'accomode à son nouvel appartement.

D'une main amicale il la retient encore, avant de la repousser décidément et s'enclore, — ce dont le déclic du ressort puissant mais bien huilé agréablement l'assure.

Francis Ponge, in Le parti pris des choses (1942)

Merci à Thierry pour la trouvaille de texte!

porte, rois, ponge francis

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20/11/2012

Toutes ces années et enfin l'hygiène

Et bien c'est pas près de me reprendre.

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16/11/2012

délicieuse tiédeur

Dans un mouvement de panique, le hideux petit personnage a fait sortir les deux femmes par une porte étroite aménagée dans le faux mur, puis, à ma stupéfaction, il m'a adressé une série de courbettes obséquieuses tout en reculant, pour finalement disparaitre son tour. Quelques secondes plus tard, les lumières se sont éteintes et je me suis retrouvé seul dans la rue glaciale. A la colère et au dégoût qui bouillonnaient encore en moi est venu se mêler le sentiment d'une obscurre défaite.

Dépité et transi, je me suis empressé vers le plus proche café. L'endroit où j'ai pénétré n'était guère plus accueillant: quelques ampoules nues suspendues à des fils tenaient lieu d'éclairage et accentuaient l'effet déprimant des murs verdâtres et du mauvais rideau qui masquait la partie inférieure de la vitrine; mais, après le froid et l'humidité de la rue, la délicieuse tiédeur qui y régnait m'a comblé d'aise.

Guy Genest Le vilain petit diable, dans la revue xyz "Foutaises"

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14/11/2012

Madame est musicienne

Madame est musicienne, monsieur écrit. A cause de la guerre, ils ont dû quitter leur logis de Bruxelles et prendre, dans la banlieue, un abri moins coûteux. C'est au faîte d'un immeuble prétentieux, qui deviendra "de rapport" plus tard, quand les rues n'auront plus d'ornières et que les champs alentour
seront devenus des jardins. En attendant, avec l'eu et le gaz à tous les étages comme en ville, on rencontre sur tous les paliers de petits morveux dont les mines hébétées sont bien de la campagne.
Mais, la porte close, on est chez soi. Quelques tableaux pour masquer les taches au mur, deux ou trois plâtres, une tenture, ont fait de la chambre de madame un joli studio. Et puis, il y a le balcon d'où l'on peut se donner l'illusion d'une villégiature très loin, car voici l'été et le soleil illumine, en face, un grand parc, avec de vieux arbres et des oiseaux tout plein, dés que le jour se lève.

André Baillon, Attitude, dans la revue Capharnaum n°3

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12/11/2012

La soupe

- La porte de la resserre, dit Emmerich soudain, à quoi elle sert?
- Il a raison! s'écria Bauer.
Emmerich et moi, on l'ouvrit en grand. Le juif, nous voyant arriver, s'était redressé et éloigné contre le mur du fond. Il nous observa tandis qu'on sortait la porte de ses gonds. Elle était lourde, mais paraissait moins difficile à briser que la table ou le banc. On la posa penchée, le haut calé sur le banc.
- Vas-y, dis-je à Emmerich, je te tiens.
J'aggripais son manteau, il fléchit sur ses jambes, sauta et retomba sur la porte. Elle n'avait pas bougé, pas craqué.
- Tu ne sautes pas d'assez haut, lui dis-je.
Il grimpa sur le banc. Bauer et moi on l'aggrippa chacun par une épaule. Il sauta et cette fois on entendit quelque chose.
- Recommence! on lui cria presque en même temps.
Il recommença, faut voir combien de fois. Il sautait en prenant son élan, en s'élançant plus haut que la hauteur du banc. Et à chaque coup, on entendait craquer un peu plus. Des fentes apparurent. Il y allait, ça se voyait, avec bon coeur, autant pour lui que pour nous. On le tenait bien, chacun par son épaule. Finalement il passa à travers. On avait eu peur qu'il se fasse mal, qu'une grosse écharde traverse ses bottes. Par chance il se retrouva essoufflé, mais pas blessé debout à travers la porte. On finit de la casser et d'en faire des bouts, joyeusement, car la soupe avec tout ce bois-là, c'était certain maintenant que nous la mangerions épaisse et assis sur le banc. Quelle porte! Nous avions de quoi remplir cinq fois la cuisinière.

Un repas en hiver, Hubert Mingarelli

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08/11/2012

tu le sauras

Emmerich réfléchit et fit des petits mouvements de la tête. Nous ne savions pas si c'était pour approuver ou pour en douter. Nos cigarettes étaient en train de finir. Et pour bien faire, pour en profiter jusqu'au bout, on fut obligés de retirer un gant. On se brûla le bout des doigts, de chaud et de froid.
Je dis à Emmerich:
- Ecris-lui qu'on nous a annoncé les permissions. D'un jour à l'autre ce sera notre tour. Reste vague, dis-lui seulement que ça va arriver, n'importe quand, et que s'il a fumé, tu le sauras à peine ouvert la porte.

Un repas en hiver, Hubert Mingarelli

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04/11/2012

Pas qu'il était pressé, non, mais pour la raison qu'il nous comprenait

Le soir, on demanda à voir le commandant. Qu'est-ce que nous pouvions faire d'autre. Nous avions réussi à passer par-dessus la tête de Graaf parce qu'il était sorti. Il connaissait quelqu'un en ville. Tant mieux, car qui sait autrement s'il nous l'aurait permis. Le commandant nous écouta sans nous regarder, les mains dans les poches, les remuant comme s'il y cherchait quelque chose. Nous lui parlions de bon coeur. Il était un peu plus âgé que nous. Dans le civil, il achetait et vendait du tissu en gros. Nous avions du mal à l'imaginer. Pour nous il était depuis toujours commandant de quelque chose.
Ce que nous lui disions, il le savait déjà. Il lançait parfois un regard vers la porte ou bien il hochait la tête rapidement. Pas qu'il était pressé, non, mais pour la raison qu'il nous comprenait.

Un repas en hiver, Hubert Mingarelli

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