Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

12/11/2012

La soupe

- La porte de la resserre, dit Emmerich soudain, à quoi elle sert?
- Il a raison! s'écria Bauer.
Emmerich et moi, on l'ouvrit en grand. Le juif, nous voyant arriver, s'était redressé et éloigné contre le mur du fond. Il nous observa tandis qu'on sortait la porte de ses gonds. Elle était lourde, mais paraissait moins difficile à briser que la table ou le banc. On la posa penchée, le haut calé sur le banc.
- Vas-y, dis-je à Emmerich, je te tiens.
J'aggripais son manteau, il fléchit sur ses jambes, sauta et retomba sur la porte. Elle n'avait pas bougé, pas craqué.
- Tu ne sautes pas d'assez haut, lui dis-je.
Il grimpa sur le banc. Bauer et moi on l'aggrippa chacun par une épaule. Il sauta et cette fois on entendit quelque chose.
- Recommence! on lui cria presque en même temps.
Il recommença, faut voir combien de fois. Il sautait en prenant son élan, en s'élançant plus haut que la hauteur du banc. Et à chaque coup, on entendait craquer un peu plus. Des fentes apparurent. Il y allait, ça se voyait, avec bon coeur, autant pour lui que pour nous. On le tenait bien, chacun par son épaule. Finalement il passa à travers. On avait eu peur qu'il se fasse mal, qu'une grosse écharde traverse ses bottes. Par chance il se retrouva essoufflé, mais pas blessé debout à travers la porte. On finit de la casser et d'en faire des bouts, joyeusement, car la soupe avec tout ce bois-là, c'était certain maintenant que nous la mangerions épaisse et assis sur le banc. Quelle porte! Nous avions de quoi remplir cinq fois la cuisinière.

Un repas en hiver, Hubert Mingarelli

xDSCF4653 [640x480] (2).JPG

Publié dans Savoie | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

Les commentaires sont fermés.