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04/01/2010

Georges... et Lhasa

Mon grand père maternel fumait, quand je l'ai connu, la pipe. L'Amsterdamer me colore toujours le nez de souvenirs.

Il est mort il y vingt-six ans aujourd'hui. Et il n'a jamais été totalement absent depuis, je crois. Ce n'est ni une croyance, ni un fait: c'est un sentiment très fort.

Nous conduisions ensemble une petite voiture jaune sur une nappe blanche dont un motif dentelé faisait office de route très inconsciente. Et puis: la pétanque au fond du jardin, les framboises, et Mirza la chienne du voisin.

Je me souviens parfaitement du soir de sa mort. Comme un petit film incrusté dans mon cerveau. Je crois qu'il me faudra, à un moment ou à un autre, fouiller dans ce qui s'est passé en moi ce jour-là.

Il s'appelait Georges. Son stylo à mots croisés repose sur ma table de nuit. Quand je me réveille, quand je ne dors pas, dans le noir, c'est avec lui que j'écris péniblement les pensées de l'obscurité. Ces choses qui paraissent belles, à noter absolument; ou bien entêtantes, et que l'on ne parviendra pas à dormir tant qu'elles ne seront pas évacuées sur un papier.

Ici s'arrêtait le billet prévu sur mon grand-père.

Mais j'ai appris ce matin le décès de Lhasa, chanteuse canadienne-américaine-mexicaine...
13 ans de carrière, 3 albums. Merveilleux et profonds. Avoir pris le temps de vivre et mourir si jeune... Sa voix a fait et continue de faire des boucles dans mes oreilles. J'ai été extrêmement triste en entendant cette nouvelle. Je l'ai vue deux fois sur scène, chaque fois avec une jouissante chair de poule.

"Tiens, ça fait ça, de vivre", je me disais...

Je pense à Desproges qui disais avoir pleuré trois jours la mort de Brassens; alors que pour Tino Rossi il avait repris trois fois des pâtes. Comme Johnny est toujours vivant et que je ne suis pas sûr d'avoir des pâtes dans mon placard, je ne blaguerai pas de façon doûteuse pour faire comme si je me fichais de tout. Et d'ailleurs, c'est pas une raison pour en vouloir à Johnny.

Derrière la porte de ce soir, je vous oriente vers le clip original et fabuleux de "That leaving feeling", que Lhasa a chanté avec Stuart Staples (chanteur des Tindersticks). Ecoutez-le à fond, s'il vous plaît. Sinon je vais vraiment me fâcher.

"La route chante quand je m'en vais..."

Heureusement, Lhasa, heureusement...

Parfois, souvent, depuis longtemps, quand je prends le stylo de mon grand-père la nuit, la voix de Lhasa résonne dans ma tête. Mes pensées de la nuit s'entremêlent à ses rythmes doux et intimes. Cela m'aide à tenir les pensées, à être vif dans la façon de les saisir.

Je suis très triste ce soir.

"Ca fait ça d'aimer des gens vivants.", je me dis.

Et je me souviens maintenant que j'avais pensé la même chose, à 9 ans, le jour de la mort de mon grand-père.

 

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Commentaires

Merci pour cette belle note. j'ai appris la mort de Lhassa ce matin en regardant le journal de la culture enregistré hier soir.
Bel hommage à ton grand-père aussi. Ton texte est émouvant , comme le regard de l'enfant de 9 ans que tu étais au moment de sa mort. J'aime bien que tu nous aies parlé de la petite voiture jaune et du stylo à mots croisés. De mon père j'ai gardé un coupe-papier qu'il utilisait pour ouvrir le courrier. Un jour j'ai cru l'avoir perdu. J'ai ressenti une tristesse énorme...

Écrit par : bern | 05/01/2010

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